Le personnage. Sur son CV, Claude Changarnier aligne consciencieusement
tout ce qui peut déplaire à l'amateur d'authenticité vinicole. Parisien lorsqu'il ne
survole pas la planète, ce jeune quinquagénaire est vice-président de Microsoft
International, dont il supervise les affaires financières et administratives partout
dans le monde, à l'exception des Etats-Unis. D'un grand patron que l'on imagine
encore fort bien rémunéré - jusqu'au plafonnement général des salaires -, l'on
se dit qu'une propriété viticole héritée de sa famille en Côte de Beaune ne peut
être qu'une danseuse entretenue à grands frais pour épater la galerie. C'est
tout le contraire. De sa double vie, d'abord, Claude Changarnier, en homme simple et direct, ne dissimule
rien. Sur son implication aux manettes du domaine, il ne ment pas : le patron exécutif est un homme du
cru, Laurent Goillot, aussi précis dans ses vinifications qu'il est dynamique en affaires. A propos de son
ambition, enfin, Changarnier le dit sans ambages : elle est de figurer parmi les références en Bourgogne.
Le vignoble. Les 6 hectares du Domaine Changarnier s'étendent, pour l'essentiel, dans une zone de «
non-droit à la notoriété », dans cette appellation monthélie, dont le premier « e » est tellement muet là-bas
qu'il n'a pas pu y inventer de poule. Et c'est mieux ainsi puisqu'un proverbe local veut qu'à Monthélie, «
une poule meurt de faim pendant la moisson ». Manière de dire combien la vigne couvre les alentours de
ce village longtemps placé sous l'autorité de l'abbaye de Cluny. Le malheur de Monthélie est d'être
enserrée entre Volnay à l'est, Meursault à l'ouest, Auxey-Duresses au nord. Difficile, dans ces conditions,
de faire valoir ses éminentes qualités... De nombreux climats y sont pourtant classés en premier cru, où
sont produits des vins à l'élégance retenue.
Le vin. A Monthélie, Changarnier produit autant de rouges que de blancs et de fort jolis rouges comme ce
Premier Cru Champs Fulliot 2006, d'une grande profondeur de fruit. Mais c'est le « petit » blanc qui retient
l'attention, pas même un clos, un monthélie 2006 servi en apéritif et dont le nez de cuir, oui de cuir, est
absolument singulier. En bouche, la fraîcheur citronnée et équilibrée par un agréable fumé. Mon délice.